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Michelle Rossignol possède une feuille de route extrêmement riche et complexe, puisque la grande artiste qu'elle est a touché à presque toutes les facettes de son métier. Dotée d'un visage particulier, avec de beaux grands yeux expressifs et une voix à la fois puissante et éteinte, Michelle Rossignol n'était déjà pas comme les autres stars de l'époque, et il était clair que cette femme distinguée et raffinée allait faire son chemin avec son caractère bien distinct et sa fougue passionnée.
Née à Montréal le 4 février 1940, Michelle Rossignol ne tarde pas à faire ses débuts dans le métier. Elle étudie d'abord à Montréal à l'École du TNM (Théâtre du Nouveau-Monde), puis à Paris avec Tania Balachova. C'est donc évidemment par le théâtre qu'elle débute sa carrière d'actrice, et si elle passera par la suite aisément de la scène à la télévision et au cinéma, elle restera toujours fidèle au théâtre, tant comme actrice, que comme metteur en scène ou encore directrice. Elle favorise surtout le théâtre de création. Notons parmi les pièces qu'elle a créé sur scène « Les beaux dimanches » de Marcel Dubé, « Les oranges sont vertes » de Claude Gauvreau, « Sophie et Léon » de Victor-Lévy Beaulieu (avec Jacques Godin à ses côtés), « Maria Agélas » d'Antonine Maillet, « Émélie ne sera plus jamais cueillie par l'anémone » de Michel Garneau, « Stabat Mater II » de Normand Chaurette, ainsi que de nombreuses pièces de Jean-Claude Germain dont « Dédé Mesure », et, bien entendu, les fameuses pièces de Michel Tremblay « Sainte Carmen de la Main » et « Les belles-soeurs ». Plus récemment encore, elle est de la distribution de « Au bout du fil » (2003) d'Évelyne de la Chenelière, aux côtés de Catherine Bégin, Paul Savoie, Néfertari Bélizaire, Jacques L'Heureux et Huguette Oligny. Cela n'empêche pas pour autant Michelle de jouer aussi dans des pièces tirées du théâtre de répertoire. Ainsi, elle interprète des pièces de Racine, de Claudel, de Genet et de Tchechov. De plus, elle s'adonne à la lecture de pièces, dont « Lettre de Californie » de Jovette Marchessault, et fait aussi de la mise en scène pour plus d'une dizaine de spectacles, dont « La saga des poules mouillées », à nouveau de Jovette Marchessault, et « Jamais exactement » de Marc-Antoine Cyr, en 2001. Parallèlement à cela, elle participe à de nombreuses émissions radiophoniques.
Mais la télévision est là et elle prend de l'ampleur au Québec, dès les années cinquante. Michelle Rossignol n'échappe pas aux téléromans et elle est de la distribution, au milieu et à la fin des années cinquante, du fameux téléroman « Le Survenant » de Germaine Guèvremont. Elle y tient le rôle de Manouche, ce qui lui vaut d'ailleurs d'être consacrée vedette de l'année. Elle participe aussi aux téléromans « Le grand duc » de 1959 à 1963, « Les filles d'Ève » de 1960 à 1964, « Marcus », en 1962-1963, « Ti-Jean Caribou » de 1963 à 1966, ainsi qu'à diverses mini-séries, dont « La Demoiselle d'Avignon » (1972) de Michel Wyn avec Louis Velle, Marthe Keller et Huguette Oligny, « Vivre en prison » (1975), « Le temps devant » (1976) et « La mémoire cassée » (1978). Absente de la télévision pendant quelques années, c'est Lise Payette qui la ramène au petit écran dans les années quatre-vingts, en lui offrant le magnifique rôle de Véronique O'Neil dans la série « Des dames de coeur », de 1986 à 1989. Pierre Curzi y incarne son mari François, et les Gilbert Sicotte, Michel Dumont, Monique Leyrac, Luce Guilbeault, Andrée Boucher et autres grands acteurs québécois complètent la distribution de ce feuilleton devenu l'un des classiques de l'histoire de la télévision du Québec. Michelle Rossignol y reprendra son rôle de Véronique dans la suite de la série « Des dames de coeur », suite qui s'intitule « Un signe de feu » (1989-1991) et qui regroupe les personnages de la série précédente avec ceux du téléroman « La bonne aventure ». De plus, et toujours pour la télévision, elle participe à de nombreux téléthéâtres dont « Un simple soldat » (1957) de Marcel Dubé (aux côtés de Denis Drouin, Juliette Huot et Gilles Pelletier) et « Sainte Carmen de la Main » (1980) de Michel Tremblay et André Brassard (aux côtés de Carmen Tremblay, Amulette Garneau, Pierre Dufresne et Gilbert Lepage).
Après avoir fait la narration, avec Paul Hébert, du documentaire « Mémoire en fête » (1964) de Léonard Forest, Michelle Rossignol devient aussi très en demande au cinéma. Elle tourne d'abord sous la direction d'Arthur Lamothe dans le film « Poussière sur la ville » (1965) avec Gilles Pelletier et Guy Sanche (le fameux « Bobino »...), puis deux ans plus tard dans la production « Gros-Morne » (1967) de Jacques Giraldeau avec Michel Garneau comme partenaire. Entre temps, elle tourne aux côtés d'Élizabeth Chouvalidzé et de Rolland Bédard dans « Instant French » (1966) du réalisateur anglophone David Bairstow. Les années soixante-dix seront prolifiques pour Michelle Rossignol, que l'on retrouve avec bonheur dans les films du duo Michel Tremblay - André Brassard, dont « Françoise Durocher waitress » (1972) qui met aussi en vedette Monique Mercure, Sophie Clément, Frédérique Collin, Rita Lafontaine, Luce Guilbeault et Amulette Garneau, et l'excellent film « Il était une fois dans l'est » (1973), une production qui regroupe sensiblement les mêmes acteurs que le film précédent, en plus de Denise Filiatrault, Denis Drouin, André Montmorency, Manda Parent, Claude Guay et Gilles Renaud. Ensuite, nous retrouvons Michelle dans les films « La nuit de la poésie, 27 mars 1970 » (1971) de Jean-Claude Labrecque (avec Gérald Godin, Pauline Julien et Raymond Lévesque), « La conquête » (1973) de Jacques Gagné (avec Jocelyn Bérubé, Raymond Cloutier, Frédérique Collin, Angèle Coutu et Gilles Renaud), « La fleur aux dents » (1975) de Thomas Vamos (avec Claude Jutra), « Parlez-nous d'amour » (1976) de Jean-Claude Lord (avec Jacques Boulanger, Denis Drouin et Benoît Girard), « Angela » (1977) du réalisateur américain Boris Sagal (avec Sophia Loren, Steve Railsback, Luce Guilbeault et Jean Lapointe), « Bolivar et le Congrès de Panama » (1979) d'Eduardo Manet (avec Michel Duchaussoy) et « Cordélia » (1979) de Jean Beaudin (avec Louise Portal dans le rôle titre, ainsi que Gaston Lepage et Raymond Cloutier). Par la suite, elle tourne encore dans l'excellent film « Suzanne » (1980) du réalisateur canadien-anglais Robin Spry (avec Jennifer Dale et Gabriel Arcand) et dans « La quarantaine » (1982) de la réalisatrice Anne-Claire Poirier, avec une distribution de rêve (incluant Monique Mercure, Jacques Godin, Luce Guilbeault, Aubert Pallascio et Roger Blay). Peu après, à cause de ses nombreux engagements au théâtre et à la télévision, Michelle Rossignol délaisse le septième art, mais elle y revient parfois, de façon très sporadique cependant... On la voit dans « Les trois Montréal de Michel Tremblay » (1989) du réalisateur Michel Moreau (avec Rita Lafontaine et Claude Guay) et, bien des années plus tard, dans « Au fil de l'eau » (2003) de Jeannine Gagné (avec Paul Ahmarani, Gabriel Gascon, Guy Thauvette et Frédérique Collin).
Et ce n'est pas tout ! Michelle Rossignol enseigne aussi l'interprétation à l'École Nationale de Théâtre du Canada de 1971 à 1986. Elle est Chef du Service du Théâtre au Conseil des Arts du Canada de 1986 à 1988. Mais surtout, elle assume la direction générale et artistique du Théâtre d'Aujourd'hui de 1988 à 1998 et c'est elle qui supervise le déménagement et l'agrandissement de ce même théâtre (de son ancien local sur l'avenue Papineau au nouveau local sur la rue Saint-Denis). C'est sous sa gouverne que sont présentées les magnifiques pièces « Les Reines » (1990) de Normand Chaurette, la sublime « Trilogie des Brassard » (1991) de Michel Tremblay, « Conte d'hiver 70 » (1993) d'Anne Legault, « Marina, le dernier rose aux joues » (1993) de Michèle Magny, « La reprise » (1994) de Claude Gauvreau, « Le cerf-volant » (1994) de Pan Bouyoucas, « Journée de noces chez les Cromagnons » (1994) de Wajdi Mouawad, « Les Divines » (1996) de Denise Boucher et « La peau d'Élisa » (1998) de Carole Fréchette dans laquelle Michelle y tient elle-même le rôle principal. Elle se fait aussi animatrice de radio, en animant une série d'entretiens à la chaîne culturelle de Radio-Canada-FM en 1995-1996, ainsi qu'une autre série en 1997, cette fois aux côtés d'André Brassard.
Madame Rossignol est aussi récipiendaire de plusieurs prix, dont le Prix Marie-Victorin décerné par la Société Saint-Jean-Baptiste, le trophée des Coopérants à l'intérieur du programme « Chapeau bas aux Québécoises », puis en 1992, elle reçoit le Prix Gascon-Thomas de l'École Nationale de Théâtre du Canada. Elle est fait Officier de l'Ordre du Canada pour son engagement au sein du milieu culturel, puis en 2001, elle est fait Chevalier de l'Ordre National du Québec par le Premier Ministre Bernard Landry. En plus de sa participation à de nombreux jurys (dont celui de « La course autour du monde »), Michelle Rossignol a été membre de la Commission internationale du Théâtre de langue française comme représentante du gouvernement canadien, ainsi que coprésidente du Groupe d'études sur la formation professionnelle dans le secteur culturel au Canada. De 1995 à 1998, elle a représenté le milieu des arts et de la culture au Conseil régional de développement de la ville de Montréal.
Avec une telle carrière, nous sommes en droit de nous demander ce que fait Michelle Rossignol dans sa vie privée! Très discrète et peu bavarde sur elle-même, elle a affirmé déjà aimer la cuisine et s'adonner au jardinage, en particulier à la culture des épices. Reconnue pour son talent d'actrice au théâtre, au cinéma et à la télévision depuis bientôt cinquante ans, pour son talent de metteur en scène de diverses pièces, pour son remarquable travail de directrice générale du Théâtre d'Aujourd'hui pendant dix ans et pour son aide à lancer et à aider de nouveaux jeunes auteurs créatifs tout en défendant les grands classiques du répertoire, le travail de Michelle Rossignol est vraiment digne de mention, pour ne pas dire tout simplement exceptionnel. Avec une carrière aussi bien remplie, et peu importe ce qu'elle donnera de plus dans le futur en guise de contribution à ce métier, nous pouvons dire dans son cas que la boucle est bouclée...
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